Le scandale Wirecard ou le roi est nu !

Vous avez certainement entendu parler du scandale Wirecard : une des sociétés star en Allemagne – Fintech spécialisée dans les transactions bancaires, cotée au Dax 30 – l’équivalent du CAC 40 – qui vient de déposer le bilan après avoir admis que près de 2 milliards d’euros de sa trésorerie étaient fictifs ! 28 milliards de capitalisation boursière (au plus haut) envolés, plusieurs milliards d’emprunts obligataires et bancaires insolvables et 6000 employés sur le carreau.

Comme à chaque fois qu’éclate un scandale financier de grande ampleur en entreprise (Enron : 2001 ; Parmalat : 2003 ; Société Générale : 2008 ou à plus petite échelle William Saurin en 2016, entre autres) on se demande dans un premier temps comment cela a été possible, puis les régulateurs renforcent les procédures de contrôle pour éviter que cela ne se renouvelle …

Je ne vais pas décrire en détail l’affaire, chacun pourra en temps réel s’informer sur le web. Rappelons simplement pour ceux qui sont plus curieux que le site Corporate de l’entreprise et notamment son volet Transparency est une mine d’information.

Le titre du billet fait ici référence à 2 sujets. D’abord on connait tous la fable du roi qui est nu : un roi se sentant tout puissant se promène nu dans sa cour et aucun courtisan n’ose le lui signaler, mais survient un enfant … En l’occurrence, le roi serait le fondateur charismatique de Wirecard, Markus Braun, sa cour tous ceux qui n’ont pas pu ou pas voulu voir le problème, et l’enfant le journaliste du « Financial Times » qui a soulevé le lièvre la première fois il y a 4 ans environ … L’allégorie n’est peut-être pas parfaite, mais elle indique bien que c’est « l’outsider » qui garde sa capacité d’analyse et sa liberté de parole dans un monde technologique de plus en plus complexe et aux enjeux financiers démultipliés ; d’où l’intérêt parfois, d’un œil extérieur…

Le titre fait également référence au principe des Anglo-saxons « Cash is King » : en l’occurrence, ce sont eux qui sortent gagnants de cette affaire puisque les fonds vendeurs avaient depuis longtemps pris le parti que le « Financial Times » disait vrai et que les réponses ou plutôt non-réponses de Wirecard étaient très inquiétantes. Cette formule signifie qu’il n’y a pas de plus grande vérité ou enjeu dans une entreprise que sa situation de trésorerie : elle doit être irréprochable – totalement sécurisé- et de nature à garantir sa solvabilité. D’ailleurs, dans le cas de Wirecard il n’a fallu que quelques jours entre la découverte de la fraude et le dépôt de bilan.

Il est toujours plus facile de détecter les indices après-coup et il faut rester modeste, mais il est vrai que l’opacité du groupe sur sa situation de cash apparaît rétrospectivement étonnante : une ligne (sur 300 pages) dans le rapport annuel 2018 pour indiquer que près de 3 milliards d’euros de cash sont placés dans des banques sélectionnées. Pas un mot – je ne l’ai pas trouvé en tout cas – sur la politique de sélection des banques et de contrôle des risques ; en l’occurrence, les faux dépôts étaient censés être effectués sur une banque des Philippines ce qui n’est sans doute pas le pays le moins à risque de la planète. On a du mal à comprendre comment les auditeurs externes ont pu se laisser berner par de fausses positions bancaires pour des montants aussi importants. On imagine des faux en écritures comptables relativement sophistiqués avec les moyens modernes de reproduction, mais il existe quand même de nombreux moyens de valider des confirmations bancaires – surtout lorsque l’entreprise fait l’objet d’accusations de fraudes depuis plusieurs années.

Est disponible sur le site de Wirecard le rapport d’un autre cabinet d’audit publié tout récemment en mai qui devait lever les doutes et qui a eu l’effet opposé. Ce nouveau cabinet – mandaté par le board pour mener une investigation sur les accusations du « Financial Times » renforcées par un lanceur d’alerte interne – a dû conclure qu’il n’avait rien trouvé de fictif, mais qu’il n’avait pas eu tous les éléments demandés. Le rapport est très complet et a repris une à une toutes les accusations. On peut se demander rétrospectivement pourquoi les auditeurs mandatés n’ont pas cherché au préalable de la mission une réconciliation des positions de trésorerie, car sans cela rien n’a beaucoup de sens …

En conclusion, cette affaire (qui écorne davantage la réputation Business de l’Allemagne, après les déboires de la Deutsche Bank et le scandale dit du Dieselgate) nous rappelle l’importance du poste de trésorier dans l’entreprise (quel trésorier digne de ce nom peut participer à cette tragi-comédie ?). Il doit avoir les moyens de faire son travail correctement tout en étant bien sûr contrôlé avec efficacité par son management et par le Board. Ensuite, lorsqu’il y a un doute à lever, rien de tel que de commencer par les positions de trésorerie.

Enfin, il faut se méfier des réponses toutes faites, de fausses sécurités (auditeurs, organismes de contrôle …). Le Manager face à un questionnement doit faire preuve de réflexion et d’indépendance. En l’occurrence, c’est l’explosion de l’activité et des profits d’une petite filiale à Dubai (du nom de Al Alam et qui a fermé depuis) qui avait attiré l’attention du journaliste du Financial Times, il y a 4 ans.

Il y a certainement d’autres réflexions qui nous viendront au fur et à mesure que les détails de l’affaire seront connus, et on peut imaginer que certains toucheront à des défaillances dans l’organisation du contrôle interne et au manque de courage ou à la compromission d’acteurs pas forcément coupables au début, mais qui se sont finalement tus. A suivre…

Toutes les situations ne se valent pas et certainement celle-ci recèle une valeur pédagogique pour inciter le lecteur à une revue de ses bonnes pratiques internes afin de se prémunir contre ce type de risques. L’équipe de Tripode Performance en partenariat avec Frédéric Chartier propose des prestations adaptées sur ces sujets et se tient à disposition pour échanger sur la nudité du roi…

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